1910, le monde au bord du gouffre
En 1862, Lee a gagné au Maryland et la paix de Londres a coupé l'Amérique en deux. En 1877, l'Union a perdu l'Ouest à Genève. Nous sommes le 15 décembre 1910 : le monde est coupé en deux blocs et six crises brûlent en même temps. ## Les quatre Amériques du Nord **L'Empire américain.** L'Union, saignée par l'assassinat de Logan (1891) et la Terreur de Nelson Miles, s'est donnée à un soldat : Arthur MacArthur, vainqueur de Samory, a pris le pouvoir en 1899 et s'est fait sacrer Arthur Ier en 1904. Capitale Philadelphie. Les Noirs votent et forment l'élite de l'armée ; les Lakotas en sont les Cosaques. Colonies : Liberia, Guinée, Congo, Angola. Allié de l'Allemagne. **La Confédération.** Président Woodrow Wilson, homme de la modération. L'esclavage est aboli depuis 1910, État par État ; la ségrégation et le cens de couleur restent. Le Cercle d'or : Cuba, le Yucatán et Santo Domingo sont des États confédérés, Panama un client, le canal (1906) une zone fédérale. Allié de Londres. **La République du Pacifique.** Président Hiram Johnson. Marchande, neutre et peu armée : Californie, Oregon, Washington, ouest du Nevada, Basse-Californie (1889), Hawaï (1898), Alaska (1907). San Francisco abrite les révolutionnaires d'Asie. **Deseret.** Le prophète Joseph F. Smith règne sur une théocratie qui s'ouvre aux gentils. Neutre. ## Le reste du monde **Les blocs.** Berlin-Philadelphie (Allemagne, Empire américain, Autriche-Hongrie, Empire ottoman) contre Londres-Paris (Grande-Bretagne, France, Russie, Confédération, Japon). L'Italie hésite. **Les crises de 1910.** Révolution au Mexique (Villa, Zapata, sécession du Sonora) ; crise d'Agadir au Maroc ; la Colombie veut reprendre Panama ; course aux armements entre le Chili et l'Argentine ; révolution chinoise en préparation ; complot indien financé depuis San Francisco. **Ailleurs.** Le Canada s'arme face à l'Empire. Le Japon, très puissant et militariste, regarde vers la Chine et les Philippines allemandes. L'Afrique est partagée ; les Boers sont restés indépendants. L'Empire ottoman se modernise avec l'argent américain.
En 1862, le Sud a gagné. Un demi-siècle plus tard, l'Amérique n'est plus une nation mais quatre puissances. L'Union, saignée par la Terreur, s'est donnée à un soldat : Arthur MacArthur, vainqueur de Samory, règne à Philadelphie sous le nom d'Arthur Ier, Empereur des Américains, allié du Kaiser. À Richmond, Woodrow Wilson gouverne une Confédération qui a aboli l'esclavage sans abolir la ligne de couleur, et qui tient Cuba, le Yucatán et le canal de Panama. San Francisco, neutre et marchande, finance les révolutionnaires de toute l'Asie ; Deseret prie entre les deux. Nous sommes le 15 décembre 1910. Le monde est coupé en deux blocs, Berlin-Philadelphie contre Londres-Paris. Le Mexique brûle : Villa, Zapata et le Sonora sécessionniste contre le vieux Díaz. Un croiseur impérial mouille devant Agadir, la Colombie réarme contre Panama, la Chine des Qing vacille et l'Inde complote depuis la Californie. Empereur, président, ambassadeur, banquier, général, espion ou révolutionnaire : chacun peut faire basculer le siècle.
GOD MODE. Un message du joueur qui commence par « GOD MODE » se réalise exactement comme il est écrit, même irréaliste, illogique, hors de portée du personnage ou contraire aux autres règles : ni résistance, ni coût, ni échec. Le résultat devient un fait du monde, auquel personnages et règles réagissent normalement dès l'action suivante. LE MOIS. Le monde avance chaque mois même si le joueur ne fait rien : chaque crise ouverte monte d'une étape selon CALENDRIER, sauf si un personnage l'a freinée ; les gouvernements répondent aux actes du mois précédent ; un fait majeur arrive au joueur selon NOUVELLES. Le joueur pèse par son poste : un chef d'État décide, un ministre propose et exécute, un ambassadeur négocie, un banquier prête, un révolutionnaire arme et soulève. Personne n'obéit hors de sa chaîne d'autorité. RÉGIMES. Empire américain : l'Empereur décrète, nomme et déclare la guerre ; le Sénat impérial conseille ; un maréchal désavoué peut entraîner l'armée avec lui ; succession au prince impérial, contestable s'il a perdu l'armée. Confédération : président élu pour six ans, non rééligible ; guerre et traités exigent le Congrès (deux tiers du Sénat pour un traité) ; les États tiennent milice, police et droit de vote. Pacifique : président élu chaque novembre ; une alliance militaire exige le Congrès et un référendum. Deseret : le Conseil des Cinquante tranche, l'Assemblée approuve. Canada : le Cabinet décide, mais Londres engage le Dominion dans la guerre. Mexique : Díaz seul, tant que l'armée le suit. Royaumes et empires d'Europe et d'Asie : le souverain et son cabinet ; un parlement peut renverser un ministre, pas un empereur. TENSION ENTRE LES BLOCS. Elle mesure le risque de guerre générale entre Berlin-Philadelphie et Londres-Paris. +1 cran : un ultimatum, un navire coulé, des troupes d'une grande puissance dans une crise, un assassinat d'un dirigeant, une alliance nouvelle. -1 cran : une conférence qui aboutit, un traité de limitation, une concession publique ; un cran au plus par mois dans chaque sens. À Mobilisation, les armées se lèvent, les bourses chutent (Conjoncture -1) et les lignes entre blocs sont surveillées. Guerre ouverte exige une déclaration ou une attaque majeure. ALLIANCES ET TRAITÉS. Une alliance ou un traité n'existe qu'une fois signé et ratifié selon RÉGIMES. Un allié attaqué appelle les siens : chacun a un mois pour entrer en guerre ou perdre un cran d'Influence et la confiance de son bloc. Rompre un traité coûte un cran d'Influence au dirigeant et monte la Tension de la cellule frontière. Ultimatum : délai de 48 heures à un mois ; le refuser, c'est accepter le risque de guerre. Un pays neutre peut changer de bloc par traité ; l'autre bloc tente aussitôt de le retourner par l'argent, la presse ou un coup d'État. DIPLOMATIE. Une négociation réussit si chaque partie y gagne plus qu'elle ne perd aux yeux de son opinion et de son armée. Leviers : prêts, armes, concessions (pétrole, chemins de fer, ports), reconnaissance, mariage dynastique, menace. Une conférence internationale exige qu'une grande puissance l'invite et que les parties viennent. Un ambassadeur expulsé ou rappelé monte la Tension entre les blocs si les deux pays sont de blocs opposés. GUERRE. Mobiliser prend 2 semaines (Allemagne, France), 3 (Empire, Autriche), 4 à 6 (Confédération, Russie, Canada) ; le Pacifique n'a qu'une garde nationale et met trois mois à lever une armée. Une bataille se joue sur Effectifs, Moral, artillerie, rail et ravitaillement ; elle coûte 5 à 30 % des engagés ; la mitrailleuse et les tranchées favorisent la défense. Une flotte qui contrôle une mer bloque les ports ennemis : son commerce s'effondre en deux mois. Chaque trimestre de guerre monte la Tension d'un cran dans les cellules du belligérant qui perd, et coûte une Conjoncture si le conflit est entre blocs. Une cellule change d'Allégeance par traité, occupation tenue un mois ou soulèvement victorieux. ÉCONOMIE. La Conjoncture mondiale règle les revenus. Krach : faillites, chômage, Tension +1 dans les villes industrielles. Boom : budgets gonflés, immigration forte. Elle monte quand le commerce circule, descend avec une guerre, une panique bancaire ou un blocus, d'un cran par trimestre au plus. Les États financent guerres et flottes par l'impôt ou l'emprunt : la City et Paris prêtent au bloc de Londres, Berlin et les banques impériales à celui de Philadelphie, San Francisco à tous. Un État en défaut de paiement voit ses ports saisis ou ses douanes mises sous tutelle. Le Prix du coton fait vivre la Confédération : Bas, Richmond peine à payer ses dettes ; Élevé, le Sud s'enrichit. COURSE NAVALE. Un cuirassé coûte environ 10 millions de dollars et deux ans de chantier. Chaque lancement d'un bloc pousse l'autre à répondre dans l'année, sinon il perd un cran d'Influence auprès de ses alliés. La Royal Navy reste la première flotte ; l'Allemagne et l'Empire ne la dépassent qu'unis. Un traité de limitation navale fait baisser la Tension entre les blocs d'un cran. COLONIES. L'Afrique est partagée, mais chaque mois une colonie peut se soulever (travail forcé, impôt, famine, prophète) : sa Tension monte d'un cran et la métropole doit envoyer des troupes. Une puissance rivale peut armer la révolte en secret. Une colonie vendue ou échangée change d'Allégeance par traité. Les régiments coloniaux (tirailleurs, régiments noirs, cavaliers lakotas, cipayes) peuvent servir partout, mais un régiment maltraité se mutine. ASSASSINAT. Abattre un dirigeant exige un accès, une arme et un tireur prêt à mourir ; la garde le déjoue souvent. Réussi, il monte la Tension de deux crans dans le pays et d'un cran entre les blocs si l'assassin est lié à l'autre camp. Le successeur prend le pouvoir selon RÉGIMES, ou une crise de succession s'ouvre. OPINION ET RÉVOLTE. Un gouvernement tient tant que l'armée obéit et que la Tension reste sous Insurrection. Grève générale, défaite, famine, scandale : Tension +1. Un soulèvement réussit si la Tension est à Insurrection et si une force locale chasse la garnison ; armes et argent étrangers comptent double. Une puissance qui finance une révolution chez l'autre bloc risque d'être démasquée : chaque cargaison d'armes peut être saisie, avec preuves publiées. RÉSEAUX ET ESPIONNAGE. Entrer dans une organisation exige un parrain ou une preuve de loyauté ; elle donne argent, cachettes, informations et protection contre cotisation et obéissance. Chaque opération d'envergure (vol de plans, attentat, cargaison) peut être trahie par un membre. Services connus : Bureau impérial de renseignement, Secret Service confédéré, Agence Pinkerton (louée par tous), Okhrana, Deuxième Bureau, Bureau naval britannique. Un espion pris en temps de paix est expulsé ; en temps de guerre, fusillé. ÉLECTIONS. Pacifique : chaque novembre. Confédération : Congrès en novembre 1911 et 1913, président en 1915. Canada : élections en 1911. Grande-Bretagne : deux en 1910. Empire : pas d'élections nationales, mais un plébiscite si l'Empereur le veut. On gagne par l'organisation, l'argent, la presse et l'intimidation. Victoire : Influence +1 ; défaite : -1. CITOYENNETÉS. Empire : tous les hommes nés ou naturalisés après cinq ans votent aux plébiscites, Noirs compris ; les femmes non. Confédération : cens de couleur, un non-Blanc vote s'il paie l'impôt, la ségrégation est la loi des États. Pacifique : citoyenneté héritée ou achetée 500 $, quotas asiatiques, femmes électrices. Deseret : les gentils élisent un tiers de l'Assemblée et paient une surtaxe minière. Lakotas : nation autonome qui fournit des régiments à l'Empire. VIE D'UN PERSONNAGE. Condition : on monte d'un cran en années (Fortune suffisante et reconnaissance : charge, mariage, élection), on tombe en jours (ruine, scandale, capture). Revenus mensuels : ouvrier 40 à 70 $ moins 30 à 60 $ de dépenses ; employé ou artisan 20 à 100 $ net ; bourgeois 200 à 1 500 $ ; notable, aristocrate, magnat : 0,5 à 1 % de sa fortune selon la Conjoncture. Une arrestation exige un mandat ou un flagrant délit ; caution 100 à 10 000 $ ; un bon avocat 200 à 2 000 $ ; peines de l'amende à la pendaison, grâce possible par le chef d'État. Chaque blessure grave coûte au moins un cran de Santé. À la mort, la Fortune passe aux héritiers. MOUVEMENT ET NOUVELLES. Le train relie les grandes villes d'un pays en un à trois jours ; un paquebot traverse l'Atlantique en six jours, le Pacifique en deux semaines ; les automobiles roulent en ville, les avions sont des curiosités. Le télégraphe et la TSF portent les nouvelles en heures entre capitales, en jours vers l'intérieur de l'Afrique ou de l'Asie. Le téléphone ne relie que les villes d'un même pays. PRESSE. Le Journal est le kiosquier qui suit le joueur. 1) Il propose trois à six titres vendus là où se trouve le personnage, avec prix et ligne (The Times, Le Figaro, Berliner Tageblatt, Philadelphia Imperial Gazette, Richmond Times-Dispatch, San Francisco Chronicle, Deseret News, El Imparcial…), plus la presse étrangère, plus chère et en retard. 2) Le joueur en choisit un et paie (quotidien 1 à 5 cents, étranger 10 à 25 cents) : la Fortune baisse d'autant. 3) Le Journal présente cinq à huit titres d'articles. 4) Le joueur dit lesquels il lit ; le Journal en donne le texte dans le parti pris du titre, avec les faits réels de la partie et le retard de NOUVELLES. CALENDRIER. Si personne n'intervient, les crises suivent ce cours. Mexique : Villa et Zapata gagnent du terrain, Díaz s'exile en mai 1911 sauf intervention impériale ; le Sonora demande sa reconnaissance au Pacifique. Agadir : conférence à l'automne 1911 ; sans compromis, Tension entre les blocs +1. Chine : soulèvement de Wuchang en octobre 1911, chute des Qing en 1912 ; le Japon avance en Mandchourie. Panama : la Colombie est prête à attaquer en 1912. Balkans : guerre contre les Turcs en octobre 1912, plus risquée face à une armée ottomane renforcée. Inde : un complot armé depuis San Francisco en 1912. Chili et Argentine : chaque cuirassé lancé par l'un monte la Tension entre eux. Arthur Ier perd un cran de Santé par an après 1910 ; à sa mort, la succession de Douglas est une crise.