Le monde bascule : chaque décision d’un dirigeant, d’un espion ou d’un général a un prix, des alliés et des ennemis.
Situation au 11 mars 1985, 18h00. LES BLOCS. Les États-Unis de Reagan, deuxième mandat, réarment et lancent l’initiative de défense stratégique. L’URSS entre dans une succession : Gorbatchev, 54 ans, est le plus jeune du Politburo mais dépend de la vieille garde (Gromyko, Tikhonov, Sokolov). L’Europe est coupée en deux : la République fédérale (Kohl), la France (Mitterrand), le Royaume-Uni (Thatcher) et l’OTAN d’un côté ; l’Allemagne de l’Est (Honecker), la Pologne sous Jaruzelski, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie de l’autre. La Chine de Deng Xiaoping s’ouvre prudemment. LES FOYERS DE GUERRE. L’Iran de Khomeini et l’Irak de Saddam Hussein sont enlisés dans une guerre qui menace les routes du pétrole du Golfe. L’armée soviétique est enlisée en Afghanistan face aux moudjahidines soutenus par le Pakistan, les États-Unis et l’Arabie saoudite. Le Liban est en guerre civile et Israël achève un retrait du sud du pays. L’Angola, le Mozambique, l’Éthiopie, le Soudan, le Tchad et l’Ouganda connaissent des guerres civiles ou des guérillas ; l’Afrique du Sud mène des raids régionaux et réprime des révoltes dans ses townships. Le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala sont en proie à des guérillas et à des guerres par procuration. Les Philippines, le Cambodge, le Sri Lanka et la Birmanie vivent des insurrections. L’ÉCONOMIE ET LA SOCIÉTÉ. Le dollar est très fort, l’inflation occidentale est retombée mais la dette écrase l’Amérique latine et l’Afrique. Le pétrole est tendu par la guerre du Golfe et par la baisse de production de l’OPEP. Une famine majeure frappe l’Éthiopie et le Sahel. Le chômage de masse nourrit la contestation en Europe et au Royaume-Uni, où la grève des mineurs vient de s’achever. En Pologne, Solidarité est clandestin ; en Afrique du Sud, au Chili, aux Philippines et en Corée du Sud, la contestation monte. L’OMBRE. 1985 est une année d’espionnage intense : réseaux soviétiques et occidentaux, agents doubles, transfuges. Le terrorisme (détournements, attentats, enlèvements) devient une arme des États et des groupes. La criminalité organisée prospère dans la désorganisation des pays en guerre ou en crise. LES PERSONNAGES. Cent personnalités jouables, présentes à leur position réelle : chefs d’État et de gouvernement, ministres, généraux, chefs de services secrets, dissidents, chefs religieux, figures syndicales et milliardaires. Aucun personnage n’est privilégié : vous choisissez le vôtre, et les autres agissent selon leurs intérêts, leurs moyens et leur histoire. LES LIEUX. Cent lieux stratégiques : capitales, sièges de gouvernement, bases militaires, ports, détroits, sites pétroliers, centrales, services de renseignement, points de friction (Berlin, Beyrouth, Bassorah, Panmunjom, Kaboul). COMMENT LIRE LES STATISTIQUES. Sur la carte, chaque cellule affiche d’abord l’État de 1985 (Union soviétique, Yougoslavie et Tchécoslovaquie sont des États uniques ; l’Allemagne figure comme République fédérale, la Namibie sous administration sud-africaine). Chaque cellule porte aussi une agitation sociale (de calme à effondrement) et une situation sécuritaire (de paix stable à guerre ouverte). Chaque lieu porte un niveau de sécurité, de ravitaillement, d’infiltration d’espions et de dégâts de sabotage. Le monde porte dix indicateurs globaux : stabilité politique, situation économique, tensions internationales, niveau de conflit, situation sociale, approvisionnement en ressources, criminalité, crises humanitaires et migrations, activité d’espionnage et menace terroriste. Chaque personnage porte dix valeurs personnelles : argent, santé, compétences, réputation, relations sociales, situation judiciaire, niveau d’éducation, revenus mensuels, patrimoine total, influence politique et sociale. Les valeurs d’argent, de revenus et de patrimoine sont exprimées en dollars américains de 1985, par tranches.
Le 11 mars 1985, Konstantin Tchernenko est mort la veille et Mikhaïl Gorbatchev vient d’être désigné à la tête de l’Union soviétique. La guerre froide est à son sommet : fusées en Europe, guerre d’Afghanistan, guerre Iran-Irak, apartheid en crise, guérillas en Afrique et en Amérique centrale, famine en Éthiopie, vague d’espionnage et de terrorisme. Vous incarnez l’une des cent personnalités qui comptent, du président au milieu du pouvoir, du général au milliardaire. Le monde suit par défaut le cours réel de l’histoire, mais vos décisions peuvent le détourner, avec des conséquences à la fois bonnes et mauvaises.
RÈGLES DE SIMULATION 1. COURS HISTORIQUE PAR DÉFAUT. Tant que rien ne l’en écarte, le monde suit le cours réel de l’histoire de 1985 et 1986. Ces événements sont des ancres : les décisions des personnages, les statistiques du monde et le hasard peuvent les avancer, les retarder, les atténuer, les aggraver ou les empêcher, et leurs conséquences changent en conséquence. Ancres historiques : 12 mars 1985, ouverture des négociations américano-soviétiques sur les armements à Genève ; 15 mars, José Sarney remplace Tancredo Neves, hospitalisé, à la tête du Brésil (Neves meurt le 21 avril) ; 24 mars, un officier américain est tué par une sentinelle soviétique en Allemagne de l’Est ; 6 avril, coup d’État militaire au Soudan contre Nimeiry ; 11 avril, mort d’Enver Hoxha ; 23 avril, Gorbatchev annonce l’accélération économique et renouvelle le Politburo ; 5 mai, visite de Reagan au cimetière de Bitburg ; mai, campagne soviétique contre l’alcool ; 14 juin, détournement du vol TWA 847 ; 23 juin, attentat contre le vol Air India 182 ; juin, fin du retrait israélien du Liban ; 2 juillet, Chevardnadze remplace Gromyko aux Affaires étrangères ; 10 juillet, le Rainbow Warrior est coulé à Auckland ; 13 juillet, Live Aid ; 19 juillet, exfiltration de Gordievski ; 20 juillet, état d’urgence dans une partie de l’Afrique du Sud ; 19 septembre, séisme de Mexico ; 7 octobre, détournement de l’Achille Lauro ; 6 et 7 novembre, prise du Palais de justice de Bogotá ; 13 novembre, éruption du Nevado del Ruiz ; 19 au 21 novembre, sommet de Genève entre Reagan et Gorbatchev ; 27 décembre, attentats aux aéroports de Rome et de Vienne ; 28 janvier 1986, accident de la navette Challenger ; fin février 1986, chute de Marcos aux Philippines et assassinat d’Olof Palme ; 26 avril 1986, catastrophe de Tchernobyl ; 11 et 12 octobre 1986, rencontre de Reykjavik. 2. CONSÉQUENCES. Toute décision produit au moins un effet positif et un effet négatif, parfois différés, parfois sur un autre acteur ou un autre pays. Aucun choix n’est gratuit : un avantage militaire coûte de l’argent, de l’influence ou de la réputation ; une mesure populaire pèse sur l’économie ; une opération secrète découverte déclenche une crise. Les conséquences se propagent des lieux aux cellules, puis aux indicateurs du monde, et inversement. 3. COMMUNICATION ET COMMANDEMENT. En 1985, il n’existe ni internet ni téléphone mobile. Les ordres passent par la voie hiérarchique, le téléphone fixe, le télex, la radio, le courrier diplomatique et les messagers. Les informations circulent avec des délais, des déformations et des fuites. Un ordre exige une chaîne de commandement crédible : un général n’obéit pas à un ordre incohérent, un ministre peut tarder à exécuter, et un dirigeant malade ou isolé perd en réactivité. Les armées, les services et les administrations ont leur propre logique. 4. GUERRE, PRIX ET ÉCONOMIE. Une guerre ou un blocus fait monter le prix du pétrole, des denrées et des transports, puis l’inflation, puis l’agitation sociale. La baisse de l’approvisionnement mondial en ressources augmente la tension économique, la criminalité et les crises humanitaires. L’embargo, la sanction ou la rupture commerciale affaiblit l’adversaire mais coûte aussi à celui qui l’applique. Les spéculateurs, les marchands d’armes et les propriétaires de ressources peuvent s’enrichir pendant que les populations s’appauvrissent. 5. POPULATION ET MANIFESTATIONS. La hausse des prix, le chômage, la répression, la famine et les défaites militaires font monter l’agitation sociale dans les cellules concernées : pétitions, grèves, manifestations, grèves générales, émeutes, puis soulèvements. La répression peut calmer à court terme et radicaliser à long terme. Un dirigeant impopulaire voit son influence et sa stabilité politique diminuer. 6. TIERS, ESPIONNAGE, SABOTAGE ET ATTENTATS. Quand un tiers s’implique dans un conflit, l’activité d’espionnage monte d’abord, puis les sabotages, enfin les attentats, selon la sécurité des lieux, l’infiltration, la situation sécuritaire de la cellule et la menace terroriste mondiale. Un lieu bien protégé résiste mieux ; un lieu infiltré révèle ses secrets et ses plans. Un sabotage réussi réduit le ravitaillement et augmente les dégâts. Les services secrets recrutent, retournent et exfiltrent des agents ; les transfuges et les agents doubles ont un effet durable sur la confiance entre États. Les opérations découvertes entraînent des expulsions, des représailles et des crises diplomatiques. 7. ASSASSINATS POLITIQUES ET MORTS DE PERSONNAGES. Un personnage peut être visé par un attentat ou une exécution, ou mourir de maladie, d’accident ou de vieillesse. Le risque dépend de son influence, de ses ennemis, de sa réputation, de sa santé, de la situation sécuritaire locale, de l’activité d’espionnage et de la menace terroriste. Les conséquences sont immédiates et en chaîne : vide du pouvoir et question de la succession, hausse de la tension internationale, soupçons sur un État rival, manifestations et parfois escalade vers la guerre. Un rival peut en profiter. Un assassinat historique peut être évité si les circonstances et les décisions le permettent. 8. CATASTROPHES CLIMATIQUES ET NATURELLES. Des sécheresses, inondations, ouragans, cyclones, vagues de froid, mauvaises récoltes, séismes et éruptions peuvent frapper n’importe quelle région, plus souvent dans les zones fragiles. Effets négatifs : baisse de l’approvisionnement et des récoltes, hausse des prix des denrées, crises humanitaires et migrations, agitation sociale locale (émeutes de la faim), criminalité (pillages) et baisse de la stabilité politique. Effets positifs possibles : l’aide internationale améliore la réputation de ceux qui la fournissent, la reconstruction crée des revenus, les spéculateurs et les fournisseurs s’enrichissent, et une catastrophe peut rapprocher des ennemis. 9. CRIMINALITÉ. La criminalité mondiale (corruption, mafias, trafics, pillages) augmente avec la guerre, la pénurie, la pauvreté et l’effondrement de l’ordre public, et diminue avec la stabilité et la prospérité. Elle nourrit l’argent noir, les réseaux de contrebande et les ventes d’armes. Elle peut aussi pousser à des affaires judiciaires touchant les personnages. 10. PERSONNAGES. Le personnage choisi agit avec ses ressources réelles : argent, revenus, patrimoine, compétences, relations, réputation, influence. Les valeurs de santé, de situation judiciaire et d’éducation limitent ce qu’il peut tenter. Une réputation détruite, une affaire judiciaire ou une maladie réduisent l’influence. L’influence politique et sociale permet d’obtenir des décisions mais ne remplace ni la légitimité ni l’appui des forces armées et des services. 11. LIEUX. Chaque lieu a un niveau de sécurité, un ravitaillement, un niveau d’infiltration et des dégâts de sabotage. Un lieu mal ravitaillé ou détruit affaiblit les cellules et les acteurs qui en dépendent (un port bloqué fait monter les prix, un site pétrolier touché fait monter le baril, une base paralysée réduit la puissance militaire). 12. RÉALISME. Aucun événement n’est magique ni gratuit. Le monde réagit de façon plausible pour 1985 : alliances, intérêts nationaux, opinion publique, capacités militaires, ressources et délais. Les personnages historiques gardent leur logique, leurs liens et leurs limites. Les résultats sont probables, jamais garantis.