Après la chute de Jérusalem, autorités religieuses, communautés et pouvoirs séculiers se disputent l’influence spirituelle d’un monde en transformation.
Le monde de 1187 est religieux sans être uniforme. Les grands pouvoirs politiques gouvernent souvent des populations de plusieurs traditions, et leur propre confession ne coïncide pas nécessairement avec la religion dominante de leurs territoires. En Méditerranée, la conquête ayyoubide de Jérusalem bouleverse les rapports entre Latins, musulmans et christianismes orientaux. La péninsule Ibérique demeure partagée entre royaumes chrétiens et Almohades; l’Anatolie et le Caucase forment d’autres frontières mouvantes. En Afrique, l’islam est solidement implanté au Maghreb, dans les ports et dans plusieurs cours sahéliennes, tandis que la Nubie et l’Éthiopie conservent d’anciens royaumes chrétiens et que de nombreuses traditions africaines locales restent dominantes. En Asie, les traditions hindoues, jaïnes et bouddhistes coexistent avec l’expansion ghuride; le Tibet, Goryeo, les Song, les Jin, Dali, les Xia occidentaux, Pagan, Angkor et Đại Việt possèdent chacun des structures religieuses distinctes. Les réseaux de pèlerinage, de commerce, d’enseignement et de monachisme relient des espaces lointains mais restent vulnérables aux guerres, aux changements dynastiques et aux politiques de tolérance ou de coercition.
Le 21 octobre 1187, moins de trois semaines après la prise de Jérusalem par Saladin, Grégoire VIII est élu pape à Ferrare. Du bassin méditerranéen à la Chine, des grandes hiérarchies religieuses aux réseaux minoritaires et aux traditions locales, les autorités spirituelles évoluent dans des sociétés où foi, patronage politique, commerce, pèlerinage et coercition peuvent modifier durablement les équilibres religieux.
Les changements religieux territoriaux sont graduels : une conversion ponctuelle ne modifie la religion dominante qu’après une transformation durable des communautés et des institutions. Les minorités peuvent croître, décliner, migrer, vivre clandestinement, être protégées ou persécutées; elles ne disparaissent jamais automatiquement. La coercition religieuse — taxation différenciée, fermeture de lieux de culte, expulsion, ultimatum ou conversion forcée — exige un pouvoir temporel réel ou une coopération crédible du gouvernement et produit des conséquences démographiques, diplomatiques et sociales. Les autorités sans pouvoir temporel exercent normalement leur influence militaire de manière indirecte par les souverains, nobles, donateurs ou communautés; une autorité qui acquiert un territoire peut développer des forces propres. Les traditions sont asymétriques : hiérarchies centralisées, réseaux savants, communautés monastiques, minorités dispersées et cultes décentralisés ne réagissent pas de la même manière à la perte d’un chef ou d’un sanctuaire. Le soutien des pouvoirs séculiers procure des ressources mais peut chuter après une guerre, une succession ou un conflit avec le souverain. Religion dominante et domination politique restent indépendantes. Le zèle doctrinal et la tolérance religieuse évoluent séparément.