Royaumes fragmentés, mercenaires saxons et prophéties naissantes à l'aube d'un monde nouveau.
L'autorité impériale romaine s'est retirée de Bretagne depuis une génération, laissant la place à une mosaïque de civitates et de royaumes issus des anciennes tribus, chacun gouverné par des chefs locaux aux ambitions et aux loyautés variables. Vortigern exerce une haute autorité contestée sur cet ensemble instable, désormais compliquée par la présence de mercenaires saxons fraîchement installés en Kent sous statut de fœdérés. À l'ouest, l'Irlande, organisée en puissants royaumes provinciaux sous l'autorité nominale d'un haut-roi à Tara, multiplie les expéditions de raids et de colonisation vers les côtes galloises et écossaises, tout en recevant les premiers missionnaires chrétiens dans le nord de l'île. Au nord, les royaumes pictes demeurent largement en dehors de l'influence romaine et de la nouvelle foi. En Gaule, de l'autre côté de la Manche, l'autorité romaine s'affaiblit également, mais reste un point d'ancrage pour des exilés bretons de haute naissance. Le christianisme progresse dans les anciennes régions les plus romanisées du sud et de l'est de la Bretagne, tandis que le paganisme celte demeure enraciné ailleurs, et que des cultures distinctes, romano-bretonne, saxonne, gaélique, picte et gallo-romaine, se côtoient et se heurtent sur ces terres en recomposition.
Au printemps de l'an 449, le haut-roi Vortigern vient d'accueillir sur l'île de Thanet les guerriers saxons de Hengist et Horsa, appelés en renfort contre les raids pictes et irlandais. Cette alliance fragile redessine déjà l'équilibre d'une Bretagne insulaire fragmentée en dizaines de royaumes rivaux, tandis que l'Irlande envoie ses propres colons et raiders vers l'ouest, que le christianisme progresse lentement face aux cultes celtes, et que deux jeunes exilés de sang royal grandissent loin du trône, en Armorique.
La conversion religieuse d'un territoire ou d'une entité au christianisme exige la présence durable d'une figure crédible telle qu'un évêque ou un missionnaire, et ne peut jamais être imposée par la seule force militaire. Les hauts lieux païens celtes perdent progressivement en influence à mesure que le christianisme s'installe dans une région, mais ne disparaissent jamais du jour au lendemain. L'assimilation culturelle entre peuples d'origines différentes est lente et locale : elle ne s'opère qu'après une exposition prolongée entre communautés, jamais par simple conquête militaire. La barrière linguistique et culturelle complique la formation d'alliances entre peuples d'origines différentes, un obstacle que seul un grand prestige personnel peut atténuer.